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Maurice Kouakou Bandaman

Ministre de la Culture et de la Francophonie

Sur la valorisation du patrimoine culturel national

Le patrimoine matériel et immatériel de la Côte d’Ivoire a séduit, ces dernières années, au point de figurer sur les listes du patrimoine mondial de l’UNESCO. Dans cet entretien, le Ministre de la Culture et de la Francophonie, Maurice Kouakou Bandaman, explique les raisons et situe les enjeux.

Monsieur le Ministre, ces dernières années ont été marquées, au plan culturel, par des lauriers internationaux. Le dernier en date est la reconnaissance du Zaouli, par l’UNESCO, comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Pouvez-vous revenir sur les grands acquis de la Côte d’Ivoire et les enjeux qui y sont liés ?
Les actions menées ces dernières années ont permis d’obtenir plusieurs inscriptions de nos biens et expressions culturels sur les listes de l’UNESCO. Cela a été obtenu pour la ville historique de Grand-Bassam, le 29 juin 2012, lors de la 36è session du Comité du Patrimoine Mondial à Saint-Pétersbourg, en Russie. Quant à la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, nous y avons fait inscrire le Djéguélé, balafon pentatonique des communautés sénoufo du Mali, du Burkina Faso et de Côte d’Ivoire, le 05 décembre 2012. C’était lors de la 7è session du Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel à Paris (candidature multinationale). Enfin, le Zaouli, musique et danse populaires des communautés gouro de Côte d’Ivoire, l’a été le 06 décembre 2017, lors de la 12è session du Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel en République de Corée. Les enjeux de ces reconnaissances internationales sont multiples, notamment aux plans social, culturel, économique et politique.
 
Concrètement, quelles sont les retombées directes ou indirectes pour la Côte d’Ivoire ?
Sans exhaustivité, ces acquis assurent le rayonnement culturel international de notre pays dont le leadership et la diplomatie culturels sont désormais visibles. Toutes ces inscriptions contribuent ou pourraient contribuer à la promotion de la diversité culturelle, au renforcement de la cohésion sociale, à l’entrée de devises par le développement du tourisme culturel. Le pays pourrait également bénéficier d’une assistance financière et technique de la part de l’UNESCO pour soutenir les activités de sauvegarde des patrimoines qu’elle a ainsi reconnus. En outre, la reconnaissance d’un patrimoine matériel ou immatériel est un argument économique important, dans la mesure où cette mise en lumière peut contribuer à la création d’emplois, notamment avec le développement de l’artisanat, la perception des droits d’entrée sur les sites, les visites guidées, la vente de produits dérivés, etc.  


Qu’est-ce qui explique le regain d’activité culturelle, notamment avec les festivals régionaux, et quel accompagnement du gouvernement ?
C’est la manifestation d’un cercle vertueux qui veut que les bonnes politiques favorisent les bonnes pratiques et les démultiplient. Je me félicite que les collectivités territoriales, les promoteurs privés et l’Etat réalisent, de plus en plus, que la vitalité des expressions culturelles est une incitation à aimer la Côte d’Ivoire et à y investir. Le gouvernement continuera de faire sa part qui est d’améliorer l’environnement de ce secteur et de soutenir les initiatives pertinentes.
 
Le Ministère de la Culture et de la Francophonie a décrété 2018 "Année du Patrimoine Culturel National". Comment cela va se traduire sur le terrain ?
Nous avons décrété 2018, "Année du Patrimoine Culturel National", avec pour thème : « Valorisons nos richesses vestimentaires ». C’est une décision motivée par les lauriers glanés par ce secteur déterminant de notre département, et par les opportunités que son développement laisse envisager. Il s’agira, au cours de l’année, de valoriser les savoirs et savoir-faire traditionnels liés au tissage du pagne dans toutes les communautés pratiquant cet art. Notre ambition est d’arriver à l’édification d’un code vestimentaire par lequel on reconnaît et identifie la Côte d’Ivoire et ses habitants. Au-delà du fait esthétique et idéologique, nous nous inscrivons dans la dynamique de la lutte contre la pauvreté, avec l’idée de mettre en lumière les métiers du textile, de la couture et de la mode. Aussi avons-nous instruit nos services techniques, à l’effet de préparer un dossier de candidature des savoirs et savoir-faire traditionnels liés au tissage du pagne. Ce dossier sera déposé à l’UNESCO d’ici à fin mars 2019.

N°03/ Mar. 2018 Partager :