CEREMONIE OFFICIELLE DE PRESENTATION DE VOEUX

Le président Laurent Gbagbo a reçu les vœux des corps constitués le lundi 21 janvier 2008. La cérémonie a eu lieu au Palais de la Présidence de la République au Plateau. Le corps diplomatique était le premier corps constitué à présenter ses vœux au chef de l’Etat.

La cérémonie de présentation officielle des vœux du nouvel an a eu lieu en présence du Premier ministre Guillaume Soro et de tous les présidents des institutions de Côte d’Ivoire. Premier corps constitué à souhaiter la bonne année au président Laurent Gbagbo, par la voix du nonce apostolique, Mgr Mario Roberto Casari, doyen du corps diplomatique. Ils ont souhaité que la Côte d’Ivoire sorte effectivement de la situation de crise qu’elle connait et que le pays reprenne résolument son chemin vers le développement. En réponse, le président Laurent Gbagbo a fait la déclaration suivante que nous vous proposons intégralement :

« Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Chefs des missions diplomatiques,
Chefs des missions consulaires et des Organisations internationales.

Je suis particulièrement, heureux de vous recevoir aujourd\'hui, à l\'occasion de cette cérémonie de vœux. Je vous remercie pour le message chaleureux que votre porte-parole, le Nonce apostolique, Monseigneur Roberto Cassari, Doyen du Corps Diplomatique, vient de livrer avec la courtoisie et le sens des valeurs que tous nous lui reconnaissons.

Au delà de la tradition des vœux, qui réunit le Corps Diplomatique devant le Chef de l\'Etat, au seuil du Nouvel An, votre présence de ce jour témoigne de la longue amitié dont la Côte d\'Ivoire s\'honore avec chacun des Etats et chacune des Organisations que vous représentez si dignement dans ce pays.

La Côte d\'Ivoire, comme vous le savez, a traversé une crise que certains d\'entre \'vous ont vécue au quotidien pendant les cinq dernières années. Vous êtes ainsi les témoins privilégiés de nos peines mais aussi des efforts que le peuple ivoirien et ses dirigeants déploient pour ne pas céder à la fatalité, pour trouver en eux-mêmes, les ressorts dont le pays a besoin pour construire la paix et la prospérité, la prospérité dans la paix.

Vous venez de rappeler le chemin parcouru. Vos félicitations et vos encouragements sont un motif de fierté pour le peuple ivoirien. Ils viennent saluer les acquis du dialogue direct inter-ivoirien qui a abouti à l\'Accord Politique de Ouagadougou. Cet accord marche, et il marchera parce qu\'il traduit l\'aspiration profonde des Ivoiriens à la Paix; Il marche parce que toutes les composantes politiques et sociales du pays sont impliquées dans la mise en œuvre comme dans le suivi des décisions arrêtées. Après la réunion du CEA qui s\'est tenue lundi dernier, nous serons de nouveau à Ouagadougou dans trois jours pour le Cadre Permanent de Concertation.
Tous les actes que nous posons dans la mise en œuvre de cet accord sont des actes concrets qui donnent des résultats concrets. Vous en avez cité quelques-uns; la flamme de la Paix à Bouaké et la visite d\'Etat que j\'ai effectué dans les départements du Nord. Deux actes qui consacrent la réunification du pays.

A cela, il faut ajouter le redéploiement de l\'administration, les audiences foraines d\'établissement de jugements supplétifs d\'actes de naissance, le déroulement effectif du désarmement à travers le regroupement des ex-combattants et le démantèlement des groupes d\'auto défense, la mise en route du service civique national, etc.

A ce jour, tous les textes réglementaires prévus par l\'Accord Politique de Ouagadougou sont élaborés, adoptés en conseil des ministres et signés.

Après la signature du décret désignant un opérateur technique, l\'établissement des pièces d\'identité va démarrer ainsi que les opérations de mise à jour des listes électorales. C\'est fort de cette évolution positive et assuré de l\'engagement des acteurs politiques et techniques du processus de paix à respecter les différents points du chrono gramme, que je voudrais répéter ici devant vous ce que j\'ai déjà dit dans mon message de fin d\'année à la Nation: Nous pouvons organiser les élections dès le mois de juin 2008.

Je demande à tous les pays et organisations que vous représentez, de nous aider à tenir ce pari qui est réaliste parce qu\'il traduit la volonté de tout un peuple. Les Ivoiriens ont besoin de la démocratie pour mettre leur pays à l\'abri du péril tribaliste, ils ont besoin des élections pour désigner en toute souveraineté leurs dirigeants. Ils ont besoin des élections pour relancer le développement de leur pays sur des bases solides.

Mon ambition est d\'inscrire la démocratie dans la culture quotidienne des Ivoiriens. Nous devons arriver à faire de la période électorale une période ordinaire de la vie nationale. L\'actualité récente en Afrique nous rappelle combien il est important de s\'assurer du partage des valeurs démocratiques où seul le choix du peuple compte pour tous.

La crise que nous avons connue a renforcé le prix de la paix dans l\'esprit de tous. Nous savons désormais ce que le mot « Paix» veut dire réellement, pour avoir connu la guerre. Les prochaines élections viendront consolider la paix.
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,

Je ne saurais trop insister sur votre contribution à ce processus. Continuez à être nos ambassadeurs auprès des Etats et Organisations que vous représentez. Ils nous ont fait confiance durant la crise. Nous avons bénéficié et nous continuons de bénéficier de l\'intense activité diplomatique que vous menez, ici même en Côte d\'Ivoire, dans tous les pays amis, au sein des organisations régionales, dans les instances des Nations Unies comme au niveau des institutions financières internationales.

Permettez-moi, à mon tour, de vous féliciter pour le travail accompli, et de vous encourager à porter partout le témoignage de la volonté de paix qui nous anime. Je compte sur vous pour emmener les responsables des Nations Unies à revoir à la baisse l\'indice de sécurité en Côte d\'Ivoire. Le maintien de cet indice à son niveau actuel ne correspond plus à la situation sécuritaire dans le pays. La guerre est terminée. Les lignes de front ont disparu. Les chiffres fournis par les services de sécurité montrent une baisse constante de l\'insécurité.

D\'après ces chiffres, la sécurité est parfois à un niveau supérieur à celui où elle était avant la guerre.

Mais nous pouvons faire mieux. L\'Etat de Côte d\'Ivoire entend assumer pleinement ses responsabilités en matière de sécurité pour la protection des personnes et des biens, en particulier dans cette période de reprise économique après la guerre. C\'est dans cet esprit que j\'ai demandé, devant l\'Assemblé générale des Nations Unies, la levée de l\'embargo sur les armes. D\'autant plus, comme vous pouvez en témoigner, que les belligérants d\'hier sont aujourd\'hui engagés, par l\'Accord Politique de Ouagadougou qu\'ils ont signé, dans un processus de paix désormais irréversible.

Dans le même ordre d\'idées, je rappelle que certains de nos jeunes, contre lesquels des sanctions ont été prises au plus fort de la crise ivoirienne, sont désormais des acteurs principaux du processus de paix. La levée de ces sanctions, si elle intervenait maintenant, viendrait consolider le climat de détente en Côte d\'Ivoire.
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs

L\'enjeu de la paix c\'est le développement. C\'est pourquoi je voudrais profiter de votre présence pour saluer à nouveau les chefs d\'Etat de la CEDEAO. L\'ambiance fraternelle dans laquelle s\'est tenue la dernière réunion de la conférence des Chefs d\'Etat, le 18 janvier à Ouagadougou, est tout à l\'honneur de notre organisation sous régionale qui demeure notre plus puissant instrument d\'intégration économique et politique.

Je salue également les chefs d\'Etat et de gouvernements de l\'Union Economique et Monétaire de l\'Afrique de l\'Ouest (UEMOA). Non seulement pour les décisions que nous venons de prendre concernant notre banque centrale, la BCEAO, et les questions de l\'énergie dans notre sous région, mais aussi pour leur soutien à la Côte d\'Ivoire dans le processus des Accords de Partenariat Economique (APE) avec l\'Union Européenne.

Les APE sont l\'expression d\'une importante mutation dans l\'environnement économique mondial qui devrait se traduire par une transformation qualitative de la coopération entre l\'Europe et certains pays en développement, dont ceux de l\'Afrique Subsaharienne. Pour la première fois depuis les indépendances, nos pays sont invités à jouer dans la même équipe que l\'Europe, non plus comme de simples ramasseurs de balle, mais en tant que joueurs titulaires.

Nous avons salué et accepté cette invitation par la signature, en juin 2000, de l\'Accord de Cotonou annonçant les négociations en cours.

Nous avons négocié, depuis lors mais sans parvenir à un accord définitif avant la fin du mois de décembre 2007 qui était le délai imparti. Nous allons poursuivre les négociations pendant un temps encore. En attendant, il est nécessaire que les pays de l\'Afrique de l\'Ouest fassent le point de ce qu\'ils ont gagné ou perdu dans ces négociations et définissent ce qu\'ils devraient encore obtenir de l\'Europe pour réaliser les promesses de son invitation.
C\'est dans ce contexte que la Côte d\'Ivoire a signé des accords d\'étape dont le seul et unique objectif est d\'éviter à ce pays une situation économique difficile qui aurait eu des répercutions sur l\'ensemble des économies de la sous région.

La Côte d\'Ivoire ne conçoit pas son développement en dehors de l\'Afrique de l\'Ouest ni a fortiori contre cette région. Aujourd\'hui plus que jamais, il s\'agit de sauvegarder la solidarité et la cohésion de notre groupe ainsi que la vitalité du processus d\'intégration de notre région. Nous devons aller vers un accord global régional avec l\'Europe.

Mais ce n\'est pas tout. Nous devons encore négocier pied à pied avec l\'Europe pour qu\'elle favorise la mise à niveau de nos entreprises et qu\'elle nous aide à faire face à l\'impact des APE sur nos recettes fiscales, et partant sur nos économies.

vous pouvez nous aider, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, à faire comprendre nos espoirs et nos appréhensions à nos partenaires européens.

Au seuil de cette nouvelle année, je puis vous assurer, encore une fois de notre détermination, de la détermination du peuple ivoirien et de ses dirigeants, à construire la paix, à bâtir la prospérité. Nous voyons tous; vous les diplomates et nous-mêmes la rupture intervenue dans la méthode pour conduire le processus de paix depuis la signature de l\'Accord politique de Ouagadougou.

Depuis cet accord, les élections ne sont plus du simple ordre des vœux. Elles sont inscrites dans un programme d\'action du gouvernement et nous entendons respecter ce programme, car 2008 est l\'année des élections.

Je souhaite, à vous toutes et à vous tous, à vos collaborateurs et à vos familles, une excellente année 2008. Je forme pour chacun des chefs d\'Etat et responsables des organisations que vous représentez des vœux de bonheur personnel et de prospérité.

Bonne et heureuse année 2008
Que Dieu bénisse la Côte d\'Ivoire ».